Le portage salarial peut-il devenir un modèle viable du post-salariat?

DESCRIPTION :
Le portage salarial conjugue autonomie et protection sociale. Peut-il être un des modèles de référence pour créer les conditions d’un post-salariat équitable en matière sociale et pérenne pour les actifs non salariés ?

INTRODUCTION
Si la France compte encore une large majorité de salariés, le modèle du travail classique est en pleine mutation. Crise économique, succès de l’économie collaborative, travail en réseau, apports et libertés du numérique, outsourcing et management par projet des entreprises, évolution des mentalités…. Depuis une décennie, tous les indicateurs d’un post-salariat en ordre de marche s’activent. Comment garantir, à ce que j’appelle l’auto-employabilité, une pérennité qui passe forcément par une protection sociale juste et équitable pour tous ?

  1. Le portage salarial, un modèle pour le post-salariat

A l’heure où l’Etat s’apprête à réduire le portage salarial [lien article blog le portage salarial, une solution innovante pour l’emploi ] à un satellite de l’Interim, c’est un modèle parfaitement viable pour accompagner le post-salariat que l’on s’apprête à enterrer. Autonomie et régime social du salariat sont les grandes forces du portage salarial [lien site avantages du portage ] dans son acception historique, et c’est en cela qu’il est un modèle qui peut résoudre l’enjeu des solidarités de nouveaux modes de travail qui ne cessent de s’affranchir de l’emploi salarié.
[Télécharger le livre blanc sur le portage salarial de Missions-Cadres].

  1. En 2001, ils prédisaient les grandes tendances du post-salariat

Il y a 15 ans, le groupe de réflexion Futurouest publiait une étude à partir de données économiques et sociologiques intitulée « Le développement du Post-Salariat est-il crédible à l’horizon 2020 ? [www.futurouest.com/vars/fichiers/recherches/revue8.pdf]. Les chercheurs tablaient déjà sur des changements profonds de la société :

• Le recul de l’âge de la retraité avec des seniors de plus de 60 ans en activité ou en activité partielle
• L’émergence de comportements « temporaires », « pluriels », à « temps partagés » dans le monde du travail
• La généralisation de l’emploi nomade sans bureau fixe pour plus de 15% d’actifs
• L’externalisation des fonctions de l’entreprise
• Une nouvelle approche de l’Etat favorisant la création de micro-entreprises
• Les moyens internet et de télécommunication du futur venant ouvrir tout le champ des possibles en matière d’entrepreneuriat individuel [lien article blog MISSIONS CADRES choisit le portage entrepreneurial ].

Pour ce groupe, le travail indépendant allait prendre un essor, avec de nouveaux entrepreneurs qui inventeront de nouveaux statuts pour répondre à leurs besoins et aux envies d’entreprendre. L’essor du portage salarial [lien site à qui s’adresse le portage salarial ] auprès des prestataires de services en est un des exemples. La création du statut d’auto-entrepreneur [lien www.lautoentrepreneur.fr] en est un autre.

  1. Ces voix qui analysent les nouvelles formes de travail

Le thème du post-salariat par les enjeux économiques et sociaux qu’il induit, par les bouleversements qu’il commence à générer dans une économie tiraillée par la crise est au centre des préoccupations actuelles et fait débat.

Pour ou contre, critiques ou optimistes, penseurs et éditorialistes tendent à s’accorder sur les causes de cette émergence : l’essoufflement du modèle du salariat dans une ère postindustrielle, la fin du plein emploi, un système d’échanges de savoirs et de compétences dans une société où l’ère internet a ouvert tous les champs des possibles et l’aptitude naturelle de l’être humain à se renouveler en situation de contrainte sans plus attendre les régulations de l’Etat.

Si certains voient à terme dans ces mutations la fin du salariat, la majorité envisage plutôt une forme de coexistence entre différents modèles de travail : le salariat, le travail indépendant, le portage salarial ou encore l’auto-entrepreneuriat.

Pour Eric Slutter, éditorialiste de http://blog.mars-lab.com l’auto-employabilité est désormais boostée par le numérique. Selon lui « il est désormais possible de valoriser directement sa force de travail et le fruit de sa production indépendamment d’un employeur, voire en étant lui-même son employeur. »

Il évoque la notion d’artisan-entrepreneurial dont il donne une définition qui ressemble fortement au concept de portage entrepreneurial [lien article blog MISSIONS CADRES choisit le portage entrepreneurial ] que j’ai souvent évoqué : « l’artisanat entrepreunarial est la conjonction de la maîtrise d’un savoir-faire, technique ou serviciel, et de l’entrepreunariat de soi, inséré dans un réseau de fournisseurs et de clients qui grâce au réseau des réseaux contribuent ensemble – mais pas dans la même structure organisationnelle – à la même chaîne de création de valeur. »

  1. Un enjeu majeur : un nouveau système de solidarités pour accompagner l’autonomie

Dans son post [tribune.fr/opinions/tribunes/la-crise-du-salariat-aura-t-elle-lieu-514281.html], Diana Filippova interroge les modèles émergents. Allons- nous vers « la fondation d’un nouveau système socio-économique, un post-salariat doté de nouvelles institutions régulatrices ou vers la restauration du salariat sous une forme plus ou moins altérée, le néo-salariat déguisé en travail indépendant ? ». Pour elle, le danger des nouvelles formes de travail est la précarité généralisée si un modèle de protection sociale à inventer n’accompagne pas les mutations en cours.

Jean-Pierre Gaudard, auteur de «La fin du salariat» publié en janvier 2013 aux éditions François Bourin pose lui aussi l’enjeu d’un nouveau système de solidarités. Dans une interview accordée à Capital [http://www.capital.fr/carriere-management/interviews/le-salariat-est-condamne-a-disparaitre-812443#gPJB2jgio0HZGo0b.99], il estime que « les parcours professionnels vont être de plus en plus individualisés, le travailleur devant assurer son « employabilité » en veillant à entretenir et valoriser au mieux ses compétences ». Et de conclure : « Cette évolution doit nous inciter à nous interroger sérieusement sur notre Etat providence. Il nous faut imaginer un nouveau système de solidarités qui donnera à chacun les moyens de son autonomie. »

  1. Et si le modèle existait déjà au travers du portage salarial ?

Faut-il forcément toujours réinventer la roue ?
Dans sa définition historique et toujours d’actualité, le portage salarial est un modèle qui a su allier les acquis du consultant indépendant [lien site devenir consultant porté] à savoir l’autonomie, la non subordination, la propriété de sa clientèle et la propriété intellectuelle avec la protection sociale [lien blog la couverture maladie en portage salarial ] du régime du salariat. Le statut du porté répond par bien des égards à la recherche de cette solidarité nécessaire aux nouvelles formes de travail indépendant.

Le portage salarial dans cette acception n’entend pas se substituer au salariat classique car il n’y a pas à mon sens d’opposition ou de concurrence à avoir avec un modèle qui attirera toujours une part des actifs. Par contre, il peut être une référence pour un post-salariat tiré vers le haut et non pas synonyme de précarité, comme certains le craignent à juste titre.

Dans le livre blanc que j’ai rédigé, je rappelle la position de l’IGAS en faveur de cette forme de travail qui permet d’assumer pleinement son autonomie et sa part de responsabilité au travers de sa propre employabilité, tout en réaffirmant le principe d’un accès égalitaire au système de protection sociale. Rappelons que « le porté salarié ne recherche pas le contrat de travail puisqu’il se considère comme indépendant. Ce qu’il recherche avant tout, c’est une protection sociale forte et pérenne ».

A contrario, je considère que la nouvelle loi qui entend changer les fondements du portage salarial est une fausse avancée. Et à la question de fond posée par Diana Filippova, je réponds que oui, nous allons, avec cette nouvelle définition du portage, vers « une forme altérée du salariat, un néo-salariat déguisé en travail indépendant. ». Forcément inapplicable et surtout inadapté à la fois aux aspirations et aux besoins du porté.